Antoni Tàpies & Jean Daive. π.

ANTONI TÀPIES & JEAN DAIVE. π. Paris, Maeght, 1975. Petit in-4° (244 x 183 mm pour le volume et 245 x 370 mm pour la chemise des planches à plat), en feuilles, couverture illustrée à rabats, chemise et étui de l’éditeur en toile de jute écrue.

Édition en partie originale et seule édition illustrée.
Édition limitée à 140 exemplaires, tous sur vélin d’Arches et signés par Daive et Tàpies.

UN DES 20 EXEMPLAIRES H. C. NON ANNONCÉS À LA JUSTIFICATION, CELUI-CI IMPRIMÉ SPÉCIALEMENT POUR MADAME BRIGITTE VIDECOQ.

L’exemplaire est accompagné d’une suite à plat de toutes les gravures avant la lettre tirées sur papier du Moulin de Larroque, comme annoncé pour les 40 premiers exemplaires. Chaque planche (la première : 240 x 182 mm et les 4 autres : 242 x 365 mm) est justifiée « H. C. » et signée par l’artiste. Une deuxième épreuve de la quatrième gravure a été ajoutée, elle est également signée par Tàpies, mais non justifiée.

L’ensemble est conservé dans une chemise à rabats, fermée par un lacet et habillée de la même toile de jute que la chemise et l’étui du volume.

Superbe exemplaire, conservé tel que paru.
Quelques inévitables reports dans le livre dus à l’oxydation naturelle du carborundum sur le papier.

PROVENANCE : Brigitte Videcoq. Collaboratrice des éditions Maeght, elle assista Jacques Dupin en 1989 à l’élaboration du catalogue raisonné de l’œuvre gravé de Joan Miró.

5 800 €


Matière vivante de la parole.
Né en 1941, Jean Daive publia son premier livre Décimale blanche en 1967. À la fois poète, encyclopédiste ou encore traducteur de Paul Celan, il fonda la revue d’avant garde Fragment, une « réussite somptueuse » de « livre de dialogue » où la poésie de Paul Celan, Gherasim Luca, Bernard Noël, Alain Veinstein… semble, à travers la peinture de Ramón Alejandro, Zoran Mušič, Josef Šima, Antoni Tàpies, Marcel Broodthaerst… trouver sa peinture. Après trois cahiers, la revue s’interrompit en 1972, mais fut suivie quelques années plus tard de deux autres expériences éditoriales, fig. et Fin. Pendant de nombreuses années, Jean Daive fut également producteur de
l’émission Peinture fraîche sur France Culture et participa à la création des Nuits magnétiques d’Alain Veinstein. Pour intituler le présent ouvrage, dont une partie du texte parut précédemment en 1974 dans « 1 7 10 16, un symbole typographique de correcteur prend la place du titre.

Poésie de la matière produite par Tàpies en 5 gravures au carborundum et estampages, dont un frontispice signé et 4 planches à double page.
Dès ses premiers travaux exposés dans les années 1940, le peintre catalan manifesta son goût pour les matériaux les plus variés et l’expérimentation de techniques nouvelles. Au centre de son questionnement plastique, la peinture est une pratique magique ou alchimique. Parallèlement, issu d’une famille liée au monde de l’édition, l’artiste entretint naturellement une relation privilégiée avec l’univers de l’écrit et du livre. Il réalisa ainsi, depuis 1963, un grand nombre d’ouvrages en collaboration avec des poètes, tels Yves Bonnefoy, André Du Bouchet, Joseph Brodsky, Joan Brossa, ou encore Octavio Paz et Edmond Jabès… Là comme dans sa peinture, matières et techniques sont au cœur de son processus créatif. Partageant une même fascination pour les chiffres et les symboles, la rencontre de l’artiste catalan avec le poète belge apparaît comme une évidence. Le style aphoristique de Jean Daive, accentué par une mise en page elliptique élaborée, possède une dimension mystérieuse qui laisse le lecteur face à des interprétations déroutantes, et les compositions de Tàpies constituent pour lui non pas une solution toute faite mais une proposition matérielle parallèle : un vrai dialogue de signes ! En 1981, le poète et le peintre se répondirent à nouveau avec Tapiès, répliquer, toujours sous les auspices des éditions Maeght.