Eugène Ionesco. Le Roi se meurt.

EUGENE IONESCO. Le Roi se meurt. Paris, Gallimard, 1963. In-12 (185x 120 mm), broché, couverture d’éditeur, non coupé.

Édition originale. 
Le tirage des grands papiers se limite à 17 premiers exemplaires sur papier vélin de Hollande van Gelder, et 60 exemplaires sur papier vélin pur fil Lafuma-Navarre. 

LE NUMERO 9 DES 17 PREMIERS EXEMPLAIRES SUR HOLLANDE.

Très bel exemplaire conservé tel que paru, de l’une des trois plus grandes pièces de l’auteur avec La cantatrice chauve (1950) et Rhinocéros (1959).
Petite ombre en tête du dos, anecdotique éraflure en bas de la quatrième de couverture

3 000 €


La mort, c’est la condition inadmissible de l’existence.
Eugène Ionesco n’a vécu au prisme que d’une unique obsession : l’absurde de la mort. Dès l’âge de quatre ans, le petit Eugène comprend l’inéluctable qui le poursuivra sans cesse, tentant d’affronter sa peur viscérale quand, en 1938, il propose en guise de thèse universitaire, Le péché et la mort dans la poésie française depuis Baudelaire.  C’est l’écriture théâtrale qui saura au mieux sublimer l’angoisse de l’auteur, en point d’orgue, Le roi se meurt, en 1962.  
La genèse de cette pièce en un acte est marquée par le sceau préliminaire de la maladie : Ionesco est souffrant pendant deux semaines et se voyant trépasser, décide d’échapper à ses démons pendant sa convalescence en écrivant une première partie de ce qui s’intitule initialement La cérémonie. En effet, son objectif est simple, il souhaite écrire “un essai d’apprentissage de la mort”, une sorte de “La Mort, mode d’emploi”, où la mécanique ludique de la mise en parole de l’indicible est doublée de celle de la mise en évidence de l’invisible de la mort, pour enfin faire face à l’absurde : il ne peut y avoir vie sans mort, logique imparable, pourtant, comme l’écrit Ionesco, “ Mais non, mais non. Je veux vivre vivre encore. Toujours vivre.”. Ainsi, l’énigme de la Faucheuse à laquelle il fait face constamment, ne pouvait se résoudre ailleurs que sur les planches, lui qui affirme : “ J’écris aussi pour crier ma peur de mourir”. Et le sort de s’acharner, l’auteur est de nouveau malade. Cette interruption dans l’écriture est une fissure symbolique qui sera rappelée visuellement dans la mise en scène de la pièce à venir. Mais Ionesco vient à bout de sa production et l’œuvre est confiée à Jacques Mauclair qui, en rôle titre du Roi Bérenger, la met en scène au théâtre de l’Alliance française le 15 décembre 1962. 
Si le maître de l’absurde demeure fidèle au comique signifiant et spirituel qui le caractérise, il offre au spectateur une possible solution face à l’insoluble, dans une forme classique qui déroute ses plus fidèles partisans, grâce à Juliette, une servante impertinente ancrée dans le réel, mais dévouée auprès du Roi, ou encore la présence symbolique, pour ne pas dire didactique, de la Mort sur scène, grâce au personnage d’un médecin bourreau. L’esprit de Molière est ainsi indubitablement présent. Mais Ionesco n’est certes ni un dramaturge au rire franc, ni un stoïcien tragique, mais, à l’instar de son Roi, il cherche une issue spectaculaire, le théâtre étant pour lui, bien affaire d’action plutôt que d’attente, n’en déplaise à Beckett que nous affectionnons… Ainsi, l’ineffable devra malgré tout mis en mots, et le Roi de nier, puis refuser, pour enfin se résigner. Ce qui semble être une laborieuse et impossible entreprise à mettre en scène, devient une transfiguration de la difficulté de la vie pour faire face au tragique à laquelle désormais le spectateur peut trouver un sens.