Guillaume Apollinaire. La Rome des Borgia.

GUILLAUME APOLLINAIRE. La Rome des Borgia. Paris, 1913, Bibliothèque des Curieux, in-8 (230 x 145 mm), broché, couverture illustrée.

Édition originale, huit illustrations hors-texte tirées sur papier glacé.
Le tirage des grands papiers se limite à 10 exemplaires sur Japon Impérial et 10 sur papier d’Arches

EXEMPLAIRE OFFERT PAR LE POÈTE-SOLDAT CONVALESCENT AU FONDATEUR DE LA MARQUE BANANIA, BOISSON FORTIFIANTE DE PRÉDILECTION DES POILUS :


A mon ami Lardet
Après l’orgie on vit le pape Borgia
Avaler un bol tout plein de Banania
Guillaume Apollinaire

Sept. 1916

SUPERBE ET ÉMOUVANTE ASSOCIATION MÊLANT HUMOUR INTROSPECTIF ET TÉMOIGNAGE HISTORIQUE MÉCONNU. C’EST À NOTRE CONNAISSANCE L’UNIQUE EXEMPLAIRE OFFERT PAR LE POÈTE À CET INDUSTRIEL

Bel exemplaire conservé tel que paru, à la bonne date de 1913. Cette édition est peu commune car tiré à petit nombre. Elle se différencie de l’édition de 1914 communément considérée comme l’originale par la page de titre indiquant erronément 10 illustrations hors-texte au lieu de 8, ainsi que l’utilisation d’un papier glacé pour ces mêmes illustrations, papier qui ne sera pas repris dans les retirages.

PROVENANCE : Pierre-François Lardet (envoi).

4 000 €


Toutes les tranchées mènent à La Rome des Borgia !
Quand Guillaume Apollinaire (1880-1918) collabora en 1913 à La Rome des Borgia avec René Dalize (1879-1917), frère de plume puis d’armes, tous deux pressentaient sans doute la poudrière prête à imploser. Connus pour leur liberté totale dans la revue Les Soirées de Paris, ce roman historique au style léger et aux mots fleuris fut pour eux le prétexte à une comparaison toute trouvée entre la débauche de l’impie famille papale et celle des gouvernements européens pervertis à bout de souffle et aux cours prétendantes et repues. Mais la période de la critique amusée était déjà révolue…
L’heure du front sonna alors pour le poète d’Alcools qui s’était engagé dans le conflit comme dans les arts, en Avant-garde volontaire et sans détours. En mars 1916, il fut grièvement blessé à la tête et rapatrié à Paris pour y être soigné. Il dut subir une trépanation en mai pour enfin se défaire d’une souffrance sourde et trouver le chemin de la convalescence, entourés de ses amis artistes et écrivains. Ce fut à cette période d’effervescence retrouvée qu’il croisa « l’ami » providentiel des poilus, un certain Lardet.
En voie de rétablissement à l’Hôpital italien pour soigner sa blessure, ce fut moins dans la mondanité qu’il trouva sa force, lui qui vit tomber par milliers des frères chers ou anonymes. En revanche, il était sensible à la démarche de ce Lardet qui envoyait dans les tranchées « le plus nourrissant des aliments français » et qui publia en 1916 un livret mêlant patriotisme… et publicité cacaotée. Sans doute conscient du coup publicitaire, il n’en restait pas moins que le soldat Kostrowitzky fut lui-même revigoré par cette invention exotique durant ses années de combat.
Ces deux vers emprunts d’humour à l’irrévérence des chants militaires grivois viennent solder l’indécence orgiaque que l’écrivain connut à la guerre, se réconfortant simplement d’un bon bol tout plein de Banania.

Pierre-François Lardet, grand bienfaiteur de la Nation et commercial de génie.
A l’aube de la Grande Guerre, l’Europe était en pleine ébullition : les peintres devenaient des fauves, les poètes oubliaient la ponctuation, et les journalistes se prenaient pour des hommes d’affaires. Pierre-François Lardet (1872-1945), banquier cultivé converti au journalisme musical, voyageait dans le monde au gré des concerts et des représentations données à la fin des années 1900. Lors d’une étape au Nicaragua, il fit une découverte gustative décisive qu’il décida de recréer à son retour. Après deux ans de vaines tentatives, la formule du breuvage composé de banane, cacao, céréales et sucre fut enfin trouvée à l’heure d’une France en proie à une natalité déclinante et aux enfants sujets à de graves carences. Vigueur, énergie, force et santé, constituaient le premier slogan de la maison fondée en août 1914 sous la marque déposée de Banania.
Mais la guerre déclarée deux mois plus tôt ne fit pas dans la demi-mesure : les bambins n’étaient plus au centre de l’attention de l’opinion populaire, et l’entreprise ne rendait pas de larges sourires à son créateur. Le sens des affaires se révélèrent alors chez l’ancien banquier qui, n’ayant rien à perdre, flaira l’idée de génie : il fallait dorénavant penser à ceux qui défendaient la nation. Lardet décida de participer à l’effort de guerre et de s’en servir comme tremplin publicitaire redoutable en inondant les poilus de 14 wagons par an chargés « pour nos soldats, [de] nourriture abondante qui se conserve ». Alternative à « la boisson patriotique » qu’était le pinard, Banania devint à son tour incontournable pour les soldats, car chaud, réconfortant et simple d’usage. Les colis envoyés par les familles au front étaient chargés de chaussettes enveloppant des saucissons, de café, tabac, et désormais de la fameuse boite bleue et son tirailleur sénégalais au légendaire Y’a bon Banania ! Débutait alors la Success Story de cette marque iconique faisant partie intégrante du patrimoine agroalimentaire français pendant plus d’un siècle.